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Le projet PAMINE: Aspects techniques de la reforestation
1. Nature du sol et du terrain
Les sols sont principalement, d’après les cartes géologiques de type Litholiques eutrophiques, au drainage « excessif », sableux et comportant de nombreuses pierres ; et surtout des Latossols rouges et jaunes eutrophiques, bien drainés, argileux avec quelques pierres ; on trouve enfin, et en particulier dans la principale zone choisie pour reforester des « sols podzoliques rouges, bien structurés, à la porosité excellente, aux caractéristiques physico-chimiques excellentes (pH neutre, teneur assez forte en calcium et magnésium, moyenne en matières organiques et en phosphores, et nulle en aluminium) ».
L’altitude est d’environ 250 à 300 m, et les terres indigènes ont un relief légèrement accidenté, avec de nombreuses petites collines ; les cours d’eau sont de faible taille (surtout à l’échelle de l’Amazonie), et ne sont pas navigables.
2. Choix des espèces à replanter
Voici les espèces dont les Suruí estiment utile la plantation, et les avis de l’ingénieur forestier pour chacune d'entre elles :
• Palmier babaçu (Orbignya sp).
Cette espèce sert surtout a la construction des maisons traditionnelle, pour en faire le toit, lequel doit être renouvelé tous les 4 ans. Or ces maisons traditionnelles sont (d’expérience !) bien plus fraîches et saines que les maisons en bois et zinc introduites par la FUNAI, et elles nécessitent bien moins de dépenses monétaires. De plus ses fruits sont comestibles et permettent de produire une huile et une "farine" commercialisables. Il existe notamment aujourd’hui au Brésil un projet de production de biocarburants à l’aide d’huile de babaçu.
Le problème est moins le manque absolu de babaçu, mais leur localisation loin des villages. Selon l’ingénieur forestier cette espèce est de culture très facile. Elle demande néanmoins beaucoup de lumière et doit être plantée dans un lieu très déforesté, comme un pâturage, proche du village. Sa facilité de culture et sa présence dans la zone permet de collecter les plants sur place.
• Palmier açaí (Euterpe oleracea)
Cette espèce sert, par son feuillage, à l’artisanat, à la couverture des maisons et au principal rituel (la grande fête Mapimaí, toujours pratiquée, bien qu’épisodiquement, notamment faute de « paille » pour fabriquer les costumes) à l’alimentation (fruits, désormais consommés par les Suruí). La commercialisation du fruit est envisageable, son prix est tout à fait rentable (supérieur à celui du café), mais à condition de disposer de moyens d’évacuation :
non-réfrigiré, il se périme au bout de 2 à 3 jours. Cette espèce ne se trouve qu’en faible nombre sur les terres suruí, et seulement dans une zone éloignée des principaux villages, qui ne peuvent donc ni l’exploiter, ni accomplir leurs rituels.
Selon l’ingénieur forestier, sa culture est assez aisée. Elle prête bien à une plantation dans une zone de capoeira ou de forêt secondaire, en ouvrant des tranchées (« picadas ») à la machette pour laisser un espace de croissance aux arbres, qui doivent être plantés tous les 10 m. Il faut choisir un lieu assez humide, où l’eau soit assez peu profonde dans le sol, donc plutôt dans un fond de vallon, près d’un ruisseau.
• Palmier tucumã (Astrocaryum aculeatum)
Cette espèce est cruciale pour la confection d’artisanat : les perles noires confectionnées à partir de la coque du noyau de son fruit entrent dans la confection de pratiquement tous les bijoux, accessoires et décorations (colliers, anneaux, ceintures, bracelets, etc.). Or les tucumã n’existent quasiment pas dans la réserve ; les lieux où ils poussent se sont trouvés exclus de la démarcation de leurs terres. Ils sont donc contraints de s’approvisionner chez les Blancs, et de demander la permission de ceux-ci pour collecter ces coques, voire de payer alors même que cette espèce n’est d’aucune utilité pour les Blancs de la région, qui ne consomment même pas son fruit. Sa réintroduction est donc tout à fait prioritaire aux yeux des Suruí.
Selon l’ingénieur forestier, sa culture ne pose pas de problème particulier, sinon celui de s’approvisionner en semences ou pousses de cette espèce sans valeur commerciale. La même technique que celle utilisée pour l’açaí peut être mise en oeuvre (tranchées dans la forêt jeune, espace de 10 m), sans nécessiter un lieu aussi humide. On ne peut cependant pas planter les deux espèces ensemble : les grandes épines du tronc du tucumã rendraient dangereuse la collecte des fruits et du feuillage de l’açaí voisin.
• Palmier pupunha (Bactris gasipaes)
Cette espèce, au bois très dur, sert aux Suruí à la confection de certains objets, notamment des arcs (toujours utilisés pour la chasse, bien que les fusils le soient aussi largement) et de certains objets d’artisanat (couteaux et poignards de bois, qui ont perdu toute utilité autre que décorative et commerciale) ; elle sert aussi à certaines pièces dans l’architecture traditionnelle. Son fruit est consommé par les Suruí. L’espèce n’a pas disparu, mais se trouve en trop faible nombre.
Selon l’ingénieur forestier, sa culture ne pose pas de problème particulier. Néanmoins elle demande de la lumière, et convient donc bien à des lieux assez déforestés. Il suggère notamment de la planter en file le long des pistes qui ont été ouvertes et abandonnées dans la forêt par les bûcherons, ou le long de celles qui servent à la circulation entre les villages : la collecte des fruits en serait ainsi facilitée.
•Castanheira (Bertholletia excelsa)
Les noix de Brésil sont un aliment important pour les Indiens. Leur commercialisation est de plus tout à fait rentable. Et les Suruí raffolent des larves d’un papillon qui se développe sur le tronc de cette espèce. Théoriquement protégés par la législation brésilienne, les castanheira existent encore sur les terres suruí. Toutefois cette espèce de grande taille est pour eux l’arbre par l’excellence, le plus respecté, et dont les productions sont les plus valorisées (tant d’un point de vue gastronomique que commercial). Elle est donc la première citée (avec le cas particulier du tucumã) lorsqu’on demande aux Suruí quels arbres ils souhaitent planter.
Le problème est que selon l’ingénieur forestier, comme selon les chercheurs de l’EMBRAPA, sa culture est particulièrement difficile, avec un taux de perte très élevé, une croissance très lente (donc des pousses longtemps fragiles) et une rentabilité à très long terme (il faut attendre une dizaine d’années pour avoir les premiers fruits, en faible nombre). Les pousses sont donc chères. Mais il semble impossible de ne pas en planter au moins quelques arbres, étant donné son importance aux yeux des Suruí. Nécessitant un certain ensoleillement, sa culture peut être tentée dans des clairières déforestées par les bûcherons (où ils ne reviendront donc plus) ou près du village.
•Palmier patuá (Jessenia bataua)
Cette espèce sert aux Suruí, comme l’açaí, à la couverture des maisons, à l’artisanat et à la confection d’instrument rituel. Son fruit serait aussi consommé. Elle est présente, mais en trop faible nombre, face à leur besoin.
Selon l’ingénieur forestier, cette espèce présente un certain nombre de difficultés de culture ; ses pousses sont chères et difficiles à trouver. Il a donc été jugé plus raisonnable de la laisser de côté, éventuellement pour une étape ultérieure du projet.
• Hévéa (Hevea Brasiliensis)
Cette espèce peut servir à l’artisanat. L’exploitation du latex, travail difficile auquel les Suruí avaient été incités par la FUNAI et dont ils gardent un mauvais souvenir, n’est pas rentable économiquement.
Selon l’ingénieur forestier cette espèce est de culture difficile, du moins au Brésil. Etant donné son importance relative, elle a donc été laissée de côté.
•Bajinha (Stryphnodendron sp.), imbireba, cajá et cajueiro (Anacardium occidentale)
Ces espèces ont surtout pour vertu d’attirer la faune, qui se nourrit de leurs fruits, que les Suruí ne mangent pas. En plus grand nombre elles permettraient d’éviter un épuisement de la faune, ressource essentielle pour les Indiens.
Les graines ou pousses de ces espèces sans valeur commerciale en Amazonie sont difficiles à trouver ou chères. Leur culture est peu connue semble-t-il. Il a donc été jugé plus raisonnable de la laisser de côté, éventuellement pour une étape ultérieure du projet.
•Manguier (Mangifera indica), avocatier (Persea americana), palmier coco (Cocos nucifera L)
Ces espèces, en faible nombre près des villages, seraient utiles à l’alimentation des Suruí, déséquilibrée par un excès de riz et de haricots depuis leur insertion dans l’économie locale (le temps passé à cultiver le café les empêche de s’occuper suffisamment de leurs cultures et cueillettes de subsistances.
Leur culture est assez aisée. Elle peut être tentée en petit nombre près des villages ou des jardins.
•Cacaoyer (Theobroma cacao)
Cette espèce est demandée par les Suruí qui souhaiteraient en manger et en commercialiser les fruits.
Néanmoins selon l’ingénieur forestier, assez vulnérable aux insectes, fourmis en particulier, sa culture exige beaucoup de soins. Il est donc préférable de la mettre de côté, au moins provisoirement.
• Freijó (Cordia goeldiana)
Cette espèce a quasiment disparu avec l’exploitation du bois. Elle a pourtant pour vertu d’attirer les abeilles par ses fleurs, et de stimuler ainsi la production de miel très apprécié des Suruí, voire éventuellement commercialisable.
Sa culture est relativement aisé, mais demande un certain ensoleillement. On peut donc l’envisager à proximité du village.
•Acajou (Swietenia macrophylla) et cerejeira (Swietenia macrophylla)
Ces espèces ont entièrement disparues des terres Suruí, exterminées par les bûcherons. Les Suruí souhaiteraient donc les réintroduire, afin de maintenir leur existence sur leur terres, m’ont-ils dit.
Elles n’ont guère de valeur et d’usage hors de leur bois (à moins qu’elles n'aient une valeur culturelle que je n’ai pas aperçue). J’ai donc décidé de limiter leur nombre afin de ne pas laisser penser à certains que la reforestation avait pour but de recréer des stocks de bois afin que l’exploitation se poursuive. Cependant il est assez facile de se procurer des pousses de ces espèces, leur production commerciale étant courante et bien documentée, selon l’ingénieur forestier, et leur culture relativement peu difficile. Ayant besoin de soleil, on pourrait les planter dans des clairières déforestées.
Les proportions entre les différentes espèces ont été établies de la manière suivante, en fonction des besoins exprimés par les Suruí, et du prix des pousses : réserver environ les deux tiers aux 3 espèces les plus nécessaires, à savoir le tucumã, le babaçu et l’açaí, par ailleurs relativement bon marché, soit environ 20 % pour chacune ; après quoi viennent en plus faible nombre le pupunha et le freijó (15 et 10 %), utiles mais dont le besoin est moins impérieux ; puis les espèces dont la culture est tentée à titre expérimental (castanheira, manguier, avocatier, coco) ; enfin celles qui sont seulement réintroduites (acajou et cerejeira).
3. Techniques de reforestation
Comme expliqué ci-dessus, dans le cas des palmiers açaí et tucumã il sera nécessaire d’ouvrir des tranchées dans la forêt en débroussaillant la végétation basse tout en maintenant la couverture végétale des arbres les plus hauts, car l’açaí et le tucumã aiment l’ombre. En termes techniques il s’agit d’une méthode « d’enrichissement » de la forêt.
Pour les autres espèces, qui ont besoin de lumière, il faut employer une méthode dite « successive » : ces espèces sont plantées dans des lieux ouverts. Ultérieurement, et dans des proportions moindres, lorsqu’elles auront grandi, on pourra planter des espèces aimant l’ombre à l’abri de celles-ci.
La meilleure période pour planter des pousses est toujours, quelles que soient les espèces, le début de la saison humide, soit dans cette région, le mois de novembre. La préparation des tranchées, pour l’açaí et le tucumã doit donc être faite auparavant.
Selon l’ingénieur, le principal risque pour la survie des arbres est constitué par l’envahissement par d’autres plantes à croissance plus rapide et par les insectes. Contre le premier risque, il est facile de lutter, à condition de prévoir un entretien assez fréquent : un débroussaillage au moins 2 fois par an. Contre le second la lutte est plus difficile. Employer des pesticides préventivement serait dangereux et pour la forêt et surtout pour les Suruí qui les manipuleraient. Il conseille donc de réaliser des inspections fréquentes, deux fois par semaine et de n’employer qu’un produit de lutte contre les fourmis, danger principal, lorsque des fourmilières se développent à proximité : il s’agit de pastilles, sans risque de manipulation, qu’on dépose à proximité de la fourmilière.
Un taux de pertes de 10 à 20 % est à prévoir (la catastrophe majeure serait une migration de fourmis, qui dévorent alors tout sur leur passage).
4. Temps de croissance
La plupart de ces espèces atteignent leur maturité, ou du moins une taille faisant que leur survie n’est plus en danger (naturellement du moins) au bout d’environ trois ans. La durée du « projet » a donc été calculée sur trois ans.
5. Financement
Le projet PAMINE est financé par des dons individuels substantiels. Si vous êtes intéressé à devenir donateur pour ce projet, veuillez cliquer ici pour écrire au président de l'association afin d'obtenir plus d'informations.
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